extrait....prochain livre

« Les années ne passent plus. J’ai vaincu le temps. Trop de contrainte le temps, c’est embarrassant, ça limite. Vais-je vieillir ? Et le corps, que fait-il après, dans le hors-temps, dans l’absolu ? Il devient un vaisseau….... de lumière, peut-être ?

Ça m’arrangerait bien. Je n’aurai plus besoin de faire les courses. Ni besoin de voiture. Parfait pour l’écologie.
Franchement, la mort ne m’intéresse pas. C’est tellement banal cette idée. Ça m’a toujours apparu être absurde. Naître, vivre et mourir, rien de plus ennuyeux comme perspective.
Puis, j’ai démaquillée la dame à la faux. Enfant, je détestais être sur terre. Aussi, j’étais très intéressée à me barrer d’ici et séduite par l’idée de mourir car je considérais ce monde comme un cauchemar. Bien sûr, je m’imaginais que de « l’autre côté » tout était mieux et beau et sain. Avant d’entreprendre un geste irréparable, je me suis penchée sur la question. Recherches, lectures, contacts des défunts. Puis, j’ai frôlé la mort deux fois, la noyade d’abord à 10 ans, puis un train qui a failli m’écraser en allant au lycée.
Elle n’a pas voulu de moi et finalement moi non plus. Car ce premier contact avec la mort, vous savez la lumière blanche, la fameuse. Je l’ai vu, la deuxième fois. Méfiez-vous. Même la lumière a des tours de passe-passe pour berner la conscience humaine. Puis, j’ai vu la mort sur les lit d’hôpitaux, la mort souffrance, la mort délivrance. C’est important de se pencher sur la question, assurément, c’est là que tout bascule dans la conscience, c’est une clé. Vaincre la mort, vous pensez que c’est impossible. Vous croyez que c’est inéluctable n’est-ce pas, car c’est bien ce que l’on apprend non ? Remettre en question la mort, quelle insolence !
Et les morts, où vont-ils les morts ? Tant qu’on est pas touché, on se penche pas sur la question, on ne veut pas voir. Puis, un jour, un ami se suicide, un parent meurt, un enfant. Et là, c’est un tsunami, après le deuil on vit dans un espace bizarre, errant, questionnant, culpabilisant, priant, profitant de la vie, ne sachant pas quand viendra notre tour. Ça nous réveille un peu. Ça nous déchire beaucoup. Les morts ont tellement d’influence sur nous. Le souvenir, le chagrin, la douleur, le manque.
Mesure l’influence. Vois-là. C’est déterminant pour la suite de ta vie et l’issue de ta mort et ta destination.

Les années ne passent plus. Après mon enfance, ses bonheurs et ses horreurs, rien ne reste, tout a coulé dans la rivière d’argent du rêve. Mon cœur aime. Point. mes amis, les piliers de ma maison-terre, les amours-terre, balises du chemin du réveil, jusqu’à l’amour nu, le vide, la substance qui contient tout. Qui voit le monde d’en haut, comme un oiseau.

Faire exploser la bulle de savon qui nous sert de prison, ça prend un courage énorme, une lucidité accrue, une résilience absolue. »

Extrait.. © Emilie Labourdette